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Le capitaine Jean-François CHARRAT, commandant la communauté de brigades de -DU- - Photo -matin

Le 17 juin dernier, l’adjudant Alicia Champlon, 29 ans et la maréchal des logis, Audrey Bertaut, 35 ans, deux femmes gendarmes, étaient froidement abattues à Collobrières dans le Var. Dans une lettre diffusée sur le net, le capitaine de la brigade de Pierrefeu revient sur les conditions du drame. Cette affaire, qui est dans toutes les mémoires parce qu'elle a choqué la France entière, soulève des questions sur les conditions de l'intervention auxquelles répond en partie, aujourd'hui,  le capitaine de la brigade de Pierrefeu,  Jean-François CHARRAT, qui sort de sa réserve en publiant une longue lettre sur un réseau internet interne aux gendarmes. En voici quelques extraits :

Un capitaine ne quitte pas le navire pendant la tempête : "Nous avons lu ici ou là toutes sortes d'âneries concernant le déroulement des faits. Sans dévoiler les secrets de l'instruction, j'affirme ici haut et fort qu'aucune de « mes deux filles » n'a commis d'erreur ou n'a pris la fuite. Elles sont tombées dans un traquenard tendu par un tordu qui n'avait qu'une seule envie : tuer du bleu.  Pour les faits : avec trois de mes gars et fille, nous sommes arrivés les premiers sur les lieux (avec la Bta La Farlède que je remercie au passage) et c'est nous qui avons constaté leur décès. Au delà des mots, ce sont des images que nous n'oublierons jamais !  Sur le plan personnel, c'est également très compliqué. Déchiré entre l'envie de rester au plus près de mes gars et filles et celle de partir pour ne plus risquer d'avoir à revivre des pertes aussi douloureuses. Ma décision a été mûrement réfléchie. Un capitaine ne quitte pas le navire pendant la tempête. J'ai décidé de rester pour aider à partir, tous ceux qui n'auraient plus la force de faire le job dans mon unité, les défendre contre les mauvaises langues qui les traiteraient d'opportunistes (si, si il y en a !) et pour accompagner ceux (plus nombreux) qui veulent continuer à . Vous avez noté que j'emploie des mots de camaraderie, bien que je sois leur « patron » comme ils disent. Sachez que ce drame absolu a fait de nous une communauté à part."

Concernant la fuite d'Alicia pendant le drame et l'équipe constituée de 2 femmes gendarmes :  "Quand j'ai lu qu'elle s'était enfuie, j'ai bondi. Je peux vous l'assurer, si elle a quitté les lieux, c'est qu'elle ne pouvait pas faire autrement. Croyez moi sur parole, je ne peux pas en dire plus.  Quant au reproche d'avoir mis deux femmes en patrouille, j'ai eu le même sentiment de culpabilité. Sachez qu'elles devaient être 3, mais que la jeune GAV ayant un RDV le lendemain matin, je l'en ai exemptée, d'une part. D'autre part, sur 27 personnels, 9 sont des militaires féminins. Enfin, si j'avais le malheur de dire à l'une d'entre elles que je ne pouvais pas les faire sortir seules, elles m'auraient vertement traité de misogyne. Je ne veux surtout pas que vous preniez cela pour une justification de ma part, simplement une explication. J'ai entendu aussi qu'il y avait de la part du commandement (moi, donc !) une évaluation légère de l'intervention et que celle-ci n'avait pas été suffisamment préparée. Je mets quiconque au défi d'imaginer un instant, sur un départ en inter, de savoir à quoi ils vont avoir affaire. »

Le groupe est resté soudé, voire s'est encore renforcé : "Ensuite, nous avons pu …..............craquer ! Sobrement, avec dignité, pendant toute la semaine qui a suivi nous avons tenté d'évacuer, chacun à sa manière, le mal être qui nous étreignait. Personne ne voulait quitter le bureau. Nous avons reçu des visites, vous en avez été les témoins (au passage, je voudrais remercier notre conseiller DGGN qui a montré en la circonstance qu'il méritait d'être à ce poste, qu'il en soit chaleureusement remercié ) nous avons pu mesurer l'élan de solidarité, non seulement en interne (cdt de compagnie, groupement, région et Directeur Général), mais également en externe. Aujourd'hui, encore, on prend soin de nous appeler pour prendre de nos nouvelles. Je sais par des forumeurs que ce drame a « assommé » la gendarmerie toute entière. Nous avons eu le soutien immédiatement de la cellule médico-psychologique du SMUR 83, puis d'un officier supérieur psychologue de la gendarmerie. Chacun des personnels mais aussi leur conjoint a pu s'entretenir avec eux. Pour certains, cela a permis de faire un peu le vide, pour d'autres, c'est plus compliqué. Mais le groupe est resté soudé, voire s'est encore renforcé. Je voudrais solennellement remercier les familles, non seulement les nôtres, mais aussi celles d'Alicia et d'Audrey. Elles ont constitué un exemple de dignité et de compassion pour toute la brigade. Nos épouses, bien que touchées durement, ont été également d'un énorme soutien."

Hommage aux deux femmes gendarmes : "Nous avions plein de projets avec Alicia et Audrey et nous mettons un point d'honneur à les mener à leur terme. Audrey était une gradée de grande qualité. Toujours prête à rendre service, à aider son prochain, elle faisait l'unanimité, tant chez nous qu'à l'extérieur. Parfaite professionnelle, c'était également une très jolie femme et une mère attentionnée. Je la considérais un peu comme un membre de ma famille que j'aurais choisi. Je la taquinais souvent et elle me le rendait bien. Je ne supportais pas de voir sa porte de bureau, fermée. Elle m'expliquait que si elle ne le faisait pas, elle ne pouvait pas avancer dans ses dossiers car tout le monde avait toujours quelque chose à lui dire. Alicia, venait d'arriver et elle avait tout de suite intégré l'esprit du groupe. Elle s'entendait comme « larrons en foire » avec Audrey. Toujours prête à s'investir dans un dossier, elle était promise à une carrière remarquable, (adjudant à 29 ans) Pétillante et toujours pleine d'idée, elle n'avait peur de rien. C'était également une très jolie femme. »

La blessure est profonde, indélébile et douloureuse : « Il ne passe pas une minute sans que l'on sente leur présence ou que l'on se remémore une anecdote les liant à nous. La bonne humeur qui régnait dans ce groupe revient de temps en temps et nous n'avons pas honte, car bien souvent, Audrey et Alicia sont au coeur de ces moments-là et nous avons l'impression qu'elles participent à nos rires. On se dit qu'elles n'auraient pas aimé que nous arrêtions de vivre. Nous ne tombons pas dans le mystique, nous avons simplement envie qu'elles soient là, c'est tout. La blessure est profonde, indélébile et douloureuse !  la blessure que ce …...bip........ nous a infligée, est ouverte à jamais. La seule conséquence de ce drame au quotidien c'est qu'il n'y aura jamais plus d'intervention à deux (femmes ou hommes). C'est difficile pour la conception du service mais j'assume ce choix. Voilà, j'ai été un peu long, j'espère que vous aurez pu me lire jusqu'au bout. Continuez à faire vivre le lien « Alicia et Audrey » pour que l'on n'oublie jamais et prenez garde à vous. »

A un an de la retraite, le capitaine Jean-François Charrat, agé de 55 ans, marié et père de quatre enfants  a pris ses fonctions à Pierrefeu en aôut 2011. Auparavant, il dirigeait une COB de quatorze hommes à Veynes, dans les Hautes-Alpes. A sa nomination, il déclarait au quotidien var-matin : "Je suis dans la gendarmerie depuis plus de trente ans. Je souhaite avant tout apporter mon expérience et la mettre à disposition de la . Mon principal souci sera la sécurité publique générale, lutter contre l’incivisme, les petits larcins et tout ce qui empoisonne le quotidien des gens."

Pierre Bégliomini - Journaliste Agence d'infos WPM pour -infos

PS : Et pour tous ceux qui sont intéressés par l'intégralité de cette lettre, la voici :
« Bien chers GENDCOMNAUTES Me voici de retour sur le forum après quelques semaines d'absence. En préambule, je voudrais, en mon nom et pour les personnels que je représente, remercier la gendarmerie dans son ensemble pour les mots d'amitié et de soutien que nous avons reçus. Nous essayons de répondre individuellement, mais vu le nombre, cela va prendre du temps. Pour les médias : nous avons lu ici ou là toutes sortes d'âneries concernant le déroulement des faits. Sans dévoiler les secrets de l'instruction, j'affirme ici haut et fort qu'aucune de « mes deux filles » n'a commis d'erreur ou n'a pris la fuite. Elles sont tombées dans un traquenard tendu par un tordu qui n'avait qu'une seule envie : tuer du bleu ! Pour les faits : avec trois de mes gars et fille, nous sommes arrivés les premiers sur les lieux (avec la BTA LA FARLEDE que je remercie au passage) et c'est nous qui avons constaté leur décès. Au delà des mots, ce sont des images que nous n'oublierons jamais. Nous espérons seulement qu'un jour, elles ne hanteront plus nos nuits. Durant toute l'opération (plus de 5 heures), nous avons agi en professionnels. Tous mes personnels (permissionnaires et repos compris) se sont mis à la disposition du commandant de groupement pour bloquer le village et ratisser ses rues. J'ai moi-même désigné aux différentes unités (GM et GD confondues) les secteurs de ratissage et l'individu a été arrêté alors qu'il se cachait. La SR MARSEILLE fait d'ailleurs l'éloge de ce bouclage. La compagne a activement participé aux faits qui leur sont reprochés et a été interpellée aussi. Ensuite, nous avons pu …..............craquer ! Sobrement, avec dignité, pendant toute la semaine qui a suivi nous avons tenté d'évacuer, chacun à sa manière, le mal être qui nous étreignait. Personne ne voulait quitter le bureau. Nous avons reçu des visites, vous en avez été les témoins (au passage, je voudrais remercier notre conseiller DGGN qui a montré en la circonstance qu'il méritait d'être à ce poste, qu'il en soit chaleureusement remercié ) nous avons pu mesurer l'élan de solidarité, non seulement en interne (cdt de compagnie, groupement, région et Directeur Général), mais également en externe. Aujourd'hui, encore, on prend soin de nous appeler pour prendre de nos nouvelles. Je sais par des forumeurs que ce drame a « assommé » la gendarmerie toute entière. Nous avons eu le soutien immédiatement de la cellule médico-psychologique du SMUR 83, puis d'un officier supérieur psychologue de la gendarmerie. Chacun des personnels mais aussi leur conjoint a pu s'entretenir avec eux. Pour certains, cela a permis de faire un peu le vide, pour d'autres, c'est plus compliqué. Mais le groupe est resté soudé, voire s'est encore renforcé. Je voudrais solennellement remercier les familles, non seulement les nôtres, mais aussi celles d'Alicia et d'Audrey. Elles ont constitué un exemple de dignité et de compassion pour toute la brigade. Nos épouses, bien que touchées durement, ont été également d'un énorme soutien. Sur le plan personnel, c'est également très compliqué. Déchiré entre l'envie de rester au plus près de mes gars et filles et celle de partir pour ne plus risquer d'avoir à revivre des pertes aussi douloureuses. Ma décision a été mûrement réfléchie. Un capitaine ne quitte pas le navire pendant la tempête. J'ai décidé de rester pour aider à partir, tous ceux qui n'auraient plus la force de faire le job dans mon unité, les défendre contre les mauvaises langues qui les traiteraient d'opportunistes (si, si il y en a !) et pour accompagner ceux (plus nombreux) qui veulent continuer à PIERREFEU DU VAR. Vous avez noté que j'emploie des mots de camaraderie, bien que je sois leur « patron » comme ils disent. Sachez que ce drame absolu a fait de nous une communauté à part. Je sais que l'on nous couvre d'éloges concernant notre dignité dans la souffrance. Ce sont plusieurs dizaines de personnes (gendarmes et familles de PIERREFEU) qui ont d'un coup, oublié toutes les chicaneries et qui se sont regroupées derrière ces deux anges. Aujourd'hui, un mois après les faits, nous avons encore du mal à nous quitter. Pourtant les vacances estivales sont arrivées et les premiers sont partis. Mais on garde le contact, comme si on avait peur de disparaître du groupe. Nous avions plein de projets avec Alicia et Audrey et nous mettons un point d'honneur à les mener à leur terme. Audrey était une gradée de grande qualité. Toujours prête à rendre service, à aider son prochain, elle faisait l'unanimité, tant chez nous qu'à l'extérieur. Parfaite professionnelle, c'était également une très jolie femme et une mère attentionnée. Je la considérais un peu comme un membre de ma famille que j'aurais choisi. Je la taquinais souvent et elle me le rendait bien. Je ne supportais pas de voir sa porte de bureau, fermée. Elle m'expliquait que si elle ne le faisait pas, elle ne pouvait pas avancer dans ses dossiers car tout le monde avait toujours quelque chose à lui dire. Alicia, venait d'arriver et elle avait tout de suite intégré l'esprit du groupe. Elle s'entendait comme « larrons en foire » avec Audrey. Toujours prête à s'investir dans un dossier, elle était promise à une carrière remarquable, (adjudant à 29 ans) Pétillante et toujours pleine d'idée, elle n'avait peur de rien. C'était également une très jolie femme. Quand j'ai lu qu'elle s'était enfuie, j'ai bondi. Je peux vous l'assurer, si elle a quitté les lieux, c'est qu'elle ne pouvait pas faire autrement. Croyez moi sur parole, je ne peux pas en dire plus. Ces portraits ne sont pas faits pour la circonstance, c'était vraiment deux femmes extraordinaires et leur destin les a liées jusque dans la mort. Quant au reproche d'avoir mis deux femmes en patrouille, j'ai eu le même sentiment de culpabilité. Sachez qu'elles devaient être 3, mais que la jeune GAV ayant un RDV le lendemain matin, je l'en ai exemptée, d'une part. D'autre part, sur 27 personnels, 9 sont des militaires féminins. Enfin, si j'avais le malheur de dire à l'une d'entre elles que je ne pouvais pas les faire sortir seules, elles m'auraient vertement traité de misogyne. Je ne veux surtout pas que vous preniez cela pour une justification de ma part, simplement une explication. J'ai entendu aussi qu'il y avait de la part du commandement (moi, donc !) une évaluation légère de l'intervention et que celle-ci n'avait pas été suffisamment préparée. Je mets quiconque au défi d'imaginer un instant, sur un départ en inter, de savoir à quoi ils vont avoir affaire. Les brigadiers ou anciens brigadiers sauront de quoi je parle. Je le répète, si j'avais un instant pensé qu'un tel drame puisse arriver, nous aurions été 27 comme un seul homme à vouloir y aller. Je laisse à ceux qui ont voulu créer la polémique le soin de méditer ces quelques phrases. Maintenant, ce n'est pas facile tous les jours. Imaginez quand il a fallu supprimer leur nom de la base BB2000 service, quand il a fallu rendre leurs affaires de bureau, quand il a fallu redistribuer leurs enquêtes, etc....J'appréhende le jour où je serai obligé de faire leur état des lieux. La blessure est profonde, indélébile et douloureuse. Il ne passe pas une minute sans que l'on sente leur présence ou que l'on se remémore une anecdote les liant à nous. La bonne humeur qui régnait dans ce groupe revient de temps en temps et nous n'avons pas honte, car bien souvent, Audrey et Alicia sont au coeur de ces moments-là et nous avons l'impression qu'elles participent à nos rires. On se dit qu'elles n'auraient pas aimé que nous arrêtions de vivre. Nous ne tombons pas dans le mystique, nous avons simplement envie qu'elles soient là, c'est tout ! Voilà un peu des nouvelles du front. Même si la gendarmerie a retrouvé son âme de grande famille pour la circonstance, la vie continue avec ses tracas, ses anomalies, ses « tableaux », ses béni-oui-oui et ses fairevaloir ! Je reste désespérément l'empêcheur de tourner en rond que vous avez connu sur GENDCOM, mais la blessure que ce …...bip........ nous a infligée, est ouverte à jamais. La seule conséquence de ce drame au quotidien c'est qu'il n'y aura jamais plus d'intervention à deux (femmes ou hommes). C'est difficile pour la conception du service mais j'assume ce choix. Voilà, j'ai été un peu long, j'espère que vous aurez pu me lire jusqu'au bout. Continuez à faire vivre le lien « Alicia et Audrey » pour que l'on n'oublie jamais et prenez garde à vous. »

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Les raisons de cet arrêt

  Par Pierre Bégliomini
Cuers-infos.com existait depuis 2008, précédemment, tv-cuers.com, puis municipales2008.fr, créé par Pierre Bégliomini, puis  revendu pour l’euro symbolique à WPM, il y a quelques années. J’officiais bénévolement sur le web depuis 2003 afin d’informer l      localement les cuersois, parallèlement à ma carrière professionnelle de concepteur/journaliste multimédia et réalisateur  audiovisuel.

« J’ai commencé à m’intéresser à l’information locale dès l’avènement des radios libres, en 1981, j’étais, alors, un jeune homme plein d’illusions et j’avais fait le constat, avec quelques amis journalistes, issus de var-matin et de radios locales, qu’il fallait faire émerger une information indépendante, pluraliste, locale et rurale dans le centre var en donnant la parole au tissu associatif, aux hommes et femmes de terrain et aux responsables politiques locaux, avec un traitement de l’information digne de professionnels de l’information et de la communication. Puis, avec l’avènement de l’internet, j’ai commencé à officier à partir de 2003 sur la toile avec l’une des premières TV en streaming, tv-cuers.com, jusqu’à aujourd’hui.

Ce lourd bénévolat, mené en parallèle de ma carrière professionnelle, nécessite un engagement que j’ai décidé de mettre en berne définitivement. Je passe le relais à d’autres et me consacre aujourd’hui à ma famille et à ma carrière professionnelle. »

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